Black and Blanc | |
Je suis le père de ma mère.
ALSENY en Bretagne, sur une belle plage...
Mon sobriquet est « BAADI », diminutif imaginé par ma mère, elle décida de m’appeler ainsi, ce qui veut dire simplement « petit père », et je devenais à cet instant précis et pour toujours d’ailleurs le père de ma mère.
Respecter c’est écrire, une prière de chaque instant. Respecter c’est peindre et s’illuminer. Respecter c’est nommer celui qu’on ne veut perdre. Respecter c’est de lui trouver un nom. La droiture immédiate d’un exercice de respect transperce l’histoire et se hisse au-delà de l’humanité, annonce une âme embellie et éternelle. Devenir le père de sa mère, un destin bleu transparent. La beauté et la pureté de ce choix est fomentée par un attachement naturel plus qu’à un quelconque amusement. Le « BAADI » est un choix de ma fille-mère, un mot de la langue « soussou », une conception coutumière à m’accepter comme son père-fils. Une création déguisée en talent et en respect, parce que je suis l’homonyme de celui qui fut son père, c’est-à-dire moi-même. A l’opposé de toute subjectivité, son attachement à ce père est intense et laborieux, la manière et le choix de ma personne sont précis, élaborés et dégageant un message complexe et mystérieux. Je suis le père de ma mère, et elle, est la fille de son père. Voila ce qui est épatent. Le sens de cet exercice de respect est clair, traverser les chairs et la matière humaine à la recherche des secrets de l’immortalité que beaucoup d’entre nous s’efforcent de découvrir. Son père est immortel, par ce que je suis encore en vie, je suis son père-fils et je porte le nom de celui qui fut le père mais qui n’est plus. Sa démarche est aussi puissante que cette préoccupation perpétuelle qui nous assaille : l’immortalité. L’immortalité est mortelle à l’image de l’humain fait des matières dont les limites de l’esprit et de ses pouvoirs spirituels restent méconnus à force de transcendance. Respecter c’est immortaliser et prier l’illumination. L’immortalité c’est enfanter son père. Ce père tant aimé, tant admiré dont l’importante trajectoire humaine et le charisme l’ont nourrie et « éveillée », ce père qui désormais n’est plus. La signature de ma mère-fille est bien là, dans la souffrance de la mort immortelle de son père, de son périple perpendiculaire et de son courage, de son acharnement à lui apporter toujours son amour, une passerelle à accepter l’évidence de son non retour. + Par cet écrit, je rends un hommage à mon grand-père dont je porte le nom et à ma mère, je salue par la même occasion toutes les mères, tous ceux qui ont perdu, à un moment ou à un autre, des personnes chères… Faire un commentaire { Page Précédente } { Page 1 de 57 } { Page Suivante } |
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