Black and Blanc

Je suis le père de ma mère.

09:45, 5/04/2008 .. Publié dans Le Grenier de mon village .. 2 commentaires .. Lien

               ALSENY en Bretagne, sur une belle plage...

 

Mon sobriquet est « BAADI », diminutif imaginé par ma mère, elle décida de m’appeler ainsi, ce qui veut dire simplement « petit père », et je devenais à cet instant précis et pour toujours d’ailleurs le père de ma mère.

 

Respecter c’est écrire, une prière de chaque instant. Respecter c’est peindre et s’illuminer. Respecter c’est nommer celui qu’on ne veut perdre. Respecter c’est de lui trouver un nom.

 

La droiture immédiate d’un exercice de respect transperce l’histoire et se hisse au-delà de l’humanité, annonce une âme embellie et éternelle.

 

Devenir le père de sa mère, un destin bleu transparent. La beauté et la pureté de ce choix est fomentée par un attachement naturel plus qu’à un quelconque amusement.

 

Le «  BAADI » est un choix de ma fille-mère, un mot de la langue « soussou », une conception coutumière à m’accepter comme son père-fils. Une création déguisée en talent et en respect, parce que je suis l’homonyme de celui qui fut son père, c’est-à-dire moi-même.

 

A l’opposé de toute subjectivité, son attachement à ce père est intense et laborieux, la manière et le choix de ma personne sont précis, élaborés et dégageant un message complexe et mystérieux.

 

Je suis le père de ma mère, et elle, est la fille de son père. Voila ce qui est épatent.

 

Le sens de cet exercice de respect est clair, traverser les chairs et la matière humaine à la recherche des secrets de l’immortalité que beaucoup d’entre nous s’efforcent de découvrir.

 

Son père est immortel, par ce que je suis encore en vie, je suis son père-fils et je porte le nom de celui qui fut le père mais qui n’est plus. Sa démarche est aussi puissante que cette préoccupation perpétuelle qui nous assaille : l’immortalité.

 

L’immortalité est mortelle à l’image de l’humain fait des matières dont les limites de l’esprit et de ses pouvoirs spirituels restent méconnus à force de transcendance.

 

Respecter c’est immortaliser et prier l’illumination. L’immortalité c’est enfanter son père. Ce père tant aimé, tant admiré dont l’importante trajectoire humaine et le charisme l’ont nourrie et « éveillée », ce père qui désormais n’est plus.

 

La signature de ma mère-fille est bien là, dans la souffrance de la mort immortelle de son père, de son périple perpendiculaire et de son courage, de son acharnement à lui apporter toujours son amour, une passerelle à accepter l’évidence de son non retour.

 

+ Par cet écrit, je rends un hommage à mon grand-père dont je porte le nom et à ma mère, je salue par la même occasion toutes les mères, tous ceux qui ont perdu, à un moment ou à un autre, des personnes chères…  

 

                                                                                                                                      Alseny



Conte d’Afrique

12:22, 14/08/2007 .. Publié dans Le Grenier de mon village .. 0 commentaires .. Lien

                                                          

Alseny, Gilbert et... 

 

Un jeune homme entra en rêve dans un magasin. Un ange se trouvait derrière le comptoir. A la hâte, il lui demanda :

« Que vendez-vous, mon bon monsieur ? »

 

L’ange lui répondu avec un sourire :

- «  Tout ce que vous voulez »

 

Le jeune homme commença alors à énumérer tous ses souhaits :

 

- « Alors je voudrais voir la fin de toutes les guerres dans le monde, la fin de toutes les famines sur le continent africain, la suppression des bidonvilles en Amérique Latine, la liberté de croire dans certains pays d’Asie, plus de solidarité entre les hommes et les peuples dans les sociétés individualistes d’occident, de meilleures conditions de vie pour les marginaux, …et, et…. »

 

L’ange lui coupa la parole et lui dit :

 

- «  Excusez-moi, jeune homme. Vous m’avez mal compris. Ici, nous ne vendons pas de fruits ; nous ne vendons que des graines… »

 

Remarques:

J'ai reçu ce conte des mains de Gilbert lors d'une de nos visites avec Jacques, François, Béatrice, Jean Baptiste, Phuong et Joseph dans la region de Morvan au sud de l'Yonne.

Un texte qui pointe delicatement les problèmes de ce monde.

Lorsqu'on sait que toutes les solutions proposées jusqu'ici ont échoué, il y a matière à prendre conscience.



La sexualité et le mariage chez les soussou et les bagas

11:11, 13/05/2007 .. Publié dans Le Grenier de mon village .. 0 commentaires .. 0 trackbacks .. Lien

 Ici une petite fille soussou (photo Anita Conti) Photgraphie exposée au musée de Vannes rapportée au cours d'une semaine passé en Brétagne dans le golf de morbihan avec des amis Jacques Langlet, Nathalie, Christelle, Véronique Mai, Cathérina, Laetitia et Christian. 

 

Les masques soussou et bagas sortent régulièrement au cours des cerémonies d'initiation des jeunes garçons.


Ce rite de passage qui comprend l'épreuve de la circoncision marque un changement de statut important.


Il représente une étape obligatoire sans laquelle l'accès aux femmes et toute possibilité de fonder une famille ne sont pas envisageables.


Au cours des danses, les porteurs de ce masque simulent l'accouplement qui laisse présager les générations futures et symbolise la transmission de l'énergie vitale des ancètres.


La sculpture sommitale en est l'illustration.


L'amour comme tendresse, complicité et attirance sexuelle est, dans ces deux communautés, partagé, représenté et élaboré tout au long de la vie de l'individu.


Dès l'enfance, les rites, les fêtes et les cérémonies intègrent l'affectivité, et ce, tout au long de l'existence.


Les rituels initiatiques scandent la vie de nombreuses populations africaines et font partie des grandes étapes qui transforment l'individu en une personne dont l'identité et l'appartenance sociales sont enfin affirmées. 


On pourrait presque prétendre que, là où elles existent, les initiations produisent des êtres "aimables" (dans l'ancienne acception du terme, c'est-à-dire qui méritent d'être aimés) puisqu'elles sont souvent perçues comme l'étape préalable et indispensable à tout  mariage, à toute possibilité de procréation.


Pour les sociétés traditionnelles soussou et bagas, le mariage et la descendance souhaitée, inscrite dans son sillage, sont les seuls garants de leur survie.


A travers eux, une société voit son nom et son identité perdurer.


En outre, au-delà des deux individus qui s'unissent, le mariage scelle l'alliance de deux familles et inaugure, à travers elle, un nouveau réseau de solidarité.


Des familles soussou, sedentaires, vivent toute l'année dans leur village.


La femme cuisine, prépare les repas, s'occupe des enfants, tandis que le mari travaille durement au champ.


Géré par toute la communauté, le baga, le masque le plus célèbre d'Afrique est destiné aux cérémonies de réjouissances, son rôle est très clairement d'amuser le public.


Le porteur, qui est aussi excellent danseur, est censé mimer les comportements de la vie de tous les jours, ce qui, bien entendu, déchaîne un grand interet.


Tout ce qui entoure la sexualité est très important chez les soussou, ils sont réputés, en Guinée, pour leurs performances sexuelles mais aussi pour leur talent à fabriquer des remèdes contre l'impuissance ou des préparations grâce auxquelles ils augmentent leurs capacités sexuelles.


Par l'association avec le monde animal, la danse du masque baga met en scène une préoccupation majeure des hommes tout en respectant leur pudeur. 


Par ces gestes sensuels, le danseur souligne la différence qui sépare le monde des hommes et celui des femmes.


Car dans l'acte sexuel et le moment qui le précède, la femme et l'homme ne montrent de la meme manière leur envie à passer à l'acte.


La femme africaine est par nature très pudique, parfois l'amener à l'acte sexuel nécéssite beaucoup de temps.


Ces danses traditionnelles sont une occasion pour ces jeunes africains frappés de plein fouet par l'occidentalisation d'etre mieux enseignés sur la mesure et la dignité humaines, en fin de compte, ces dances sont des rappels de critères moraux fondamentaux.


De plus, comme on ne parle pas aisément de la sexualité en Afrique, son comportement à aussi un rôle éducatif auprès des enfants.


En assistant publiquement à ces ceremonies, on indique aux enfants de manière implicite, que l'activité sexuelle est finalement banale.


On les rassure donc concernant des questions qu'ils n'osent peut-être pas aborder avec les adultes et les conseils de s'abstenir jusqu'à l'age recquis.


Il y a cependant une considérable différence entre la vie des Africains qui se trouvent en milieu urbain et ceux qui sont restés dans les villages.


Les premiers ont subi l'influence de l'Occident jusque dans les pratiques liées à la sexualité et à la séduction alors que les seconds sont restés attachés à la norme traditionnelle.


Ce clivage amêne encore des difficultés supplémentaires dans l'appréhension d'un sujet aussi privé que l'amour et ses plaisirs.


La polygamie, par exemple, est un cas de pratique liée à la tradition et non à la religion (parce que les africains étaient polygames avant l'influence de l'islam) qui peut avoir des répercussions différentes selon que les couples se sont constitués en milieu urbain ou rural.


La polygamie se vit souvent très bien dans les villages où les mariages sont généralement arrangés par les familles et où l'arrivée d'une nouvelle concubine laisse entrevoir un allègement des tâches domestiques.


En milieu urbain, par contre, les mariages concluent, de plus en plus souvent, des attirances et des affinités réciproques.


Dans ce contexte, la jalousie devient un phénomène courant et les concubines se perçoivent plutôt comme des rivales que comme des collaboratrices.


D'autre part, il ne faut jamais négliger le fait que, même dans le contexte des mariages arrangés, un amour véritable et très fort peut se constituer, au fil des années, dans la gestion quotidienne des aléas de la vie et surtout dans l'éducation des enfants.


On observe alors de vieux couples qui ont établi une superbe connivence.


Ils s'acheminent en toute sérénité vers une vieillesse bien méritée et tant attendue, unis dans la satisfaction du foyer qu'ils ont construit.


Il ne faut pas croire, non plus, qu'il n'existe pas d'amour passion dans le contexte des sociétés au sein desquelles les chefs de famille décident les unions.


En Afrique, comme partout ailleurs, l'adultère peut résoudre un manque affectif même s'il est parfois (mais pas toujours et pas partout) vécu comme un délit.


Chez les soussou, la vie de couple (....) se noie dans une vie sociale plus élargie.


Les familles, les amis, les espaces parallèles à l'espace conjugal favorisent un certain équilibre psychologique.


La vie de couple n'y dépend pas nécessairement de l'amour mais d'autres considérations économiques, sociologiques.


Dans les sociétés patrilocales soussou, la femme, le jour de son mariage, quitte le domicile de ses parents pour rejoindre celui de son mari.


On la voit, transportée à cheval, le visage caché, précédée par le marabout et les griots, suivie par deux compagnes qui transportent sa vaisselle et ses biens.


Il est de bon ton qu'une mariée se montre très éplorée le jour de son mariage puisqu'elle "abandonne" la maison parentale pour aller vivre dans une nouvelle famille.
Alseny



La danse guinéenne des chasseurs

04:23, 4/12/2005 .. Publié dans Le Grenier de mon village .. 0 commentaires .. Lien

 

Le musicien des chasseurs appelé donsso dyéli joue d’une harpe (donsso konu, littéralement « luth des chasseurs ») dont les six cordes sont reparties sur 2 plans parallèles de part et d’autres d’un chevalet.

 

Il est entouré d’un petit groupe de femmes qui lui répondent en chœur. Il est accompagné par 2 petits chasseurs, l’un soufflant dans un petit sifflet de chasse (fele), l’autre frottant un racleur tubulaire en métal (karinya).

 

En pays malinké, chaque village a son musicien des chasseurs, lequel, bien qu’il ne soit pas lui-même « griot » (dyéli) au sens propre du terme, connaît, tout comme un véritable griot de caste, la généalogie de chacun et l’air qui convient à chaque circonstance.

 

Lui-même est chasseur, mais il s’adresse aux autres chasseurs en les appelant « mon mari » et ceux-ci l’appellent en retour « ma femme »

 

La danse des chasseurs a lieu à la suite d’un sacrifice offert à une divinité de la brousse pour la prospérité, car c’est souvent l’ouverture de la chasse pour que le gibier ne se fasse pas rare.

 

Sur la place du village, marchant en fil les uns derrière les autres et chacun tenant son fusil, dans ses mains, les chasseurs dansent en cercle à petits pas.

 

Le moment venu, l’un d’eux se détache des autres et vient danser seul au centre de la place, pendant que le musicien chante ses louanges.

 

A la marche lente du début, pendant lequel le chasseur brandit son arme aux quatre coins de l’horizon, succède une danse de plus en plus rapide.

 

Le tournoiement s’accélère, les pieds semblent voler au-dessus du sol. Et chacun y passera ainsi.

 

La danse s’achève en apothéose. Pendant quelque instants, un homme (le plus brave des chasseurs) sera le héros du village, le centre de toutes les convoitises. Lui-même et son lignage seront glorifiés à la face du monde.

 

A la danse prochaine, les mêmes rituels continueront, et peut être jusqu’à la fin des jours.

                                                     

                                                              Alseny



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